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Encyclopédie- Histoire

Acte III - Et les dieux engendrèrent le chaos
 
L'affranchissement des Humains
Il s’en suivit une paix courte mais sereine bien qu’emprunte de rancunes tenaces. Si les Elfes tentèrent de se racheter, les Nains et les Humains n’oublièrent que sommairement et restèrent fermement des alliés sur le territoire septentrional. Seul le commerce permit des échanges entre Nord et Sud.
Bientôt les humains avaient développé une civilisation plus raffinée, habile en magie et en art guerrier. Les Nains avaient enseigné presque l’intégralité de leur savoir à ceux qu’ils considéraient comme des frères de cœur. La finesse du travail du métal de l’artisanat humain faisait bonne figure face à la qualité des pièces d’armurerie naine. L’organisation humaine se développait en groupes de différentes tailles, privilégiant une vie sédentaire et clanique. Toutefois, chaque chef de clan, quel qu’il soit, n’avait pas oublié le héros de la guerre Tradirienne. Et bientôt tous les clans déclaraient une double allégeance. La première envers leurs précepteurs nains, l’autre envers le clan principal, celui de l’épée solaire des Blade.

A l’aube de l’an -500, les Humains avaient développé une puissance qui pouvait faire jeu égal avec leurs maîtres Nains, mais aussi avec les Elfes. Les terres divines connurent alors un paradoxe qui aurait de fâcheuses répercussions :Trois peuples d’égales puissances, répartis sur seulement deux territoires liés par un pacte millénaire.
Les humains demandèrent donc logiquement à ce qu’une part de territoire leur soit accordée et la mise à l’index du protectorat qui les soumettait aux nains. L’indépendance et une région bien à eux. La rancune des Nains fut forte face à l’ingratitude d’un peuple qu’ils avaient largement contribué à perfectionner. Les chefs respectifs de chaque puissance se réunirent, accompagnés de leurs dieux tutélaires. Seule Hécate ne fut pas conviée.
Si les Nains se mirent rapidement d’accord sur l’indépendance accordée aux humains, il n’en fut pas de même pour la partie du territoire. Les Elfes, fidèles à leurs habitudes se cachèrent derrière le pacte D’Urhen Péis et sa redoutable magie pour ne pas prendre part au débat. S’ils ne tenaient pas l’ingérence c’est tout un peuple qui serait précipité dans sa magie et emprisonné dans la prison des Mille Ames. L’accord sur le territoire fut donc scellé du point de vue elfique. Les humains vivaient au Nord, c’était un problème du Nord. Sorad s'appuyait sur le fait qu’offrir de son territoire aurait été une forme d’ingérence. Gorhann fulminait de cet habile jeu de dupe, mais ne pouvait que se résoudre. L’honneur lui était chevillé au corps, et le pacte était une historie de dignité sérieuse. Sorad n’avait d'ailleurs pas particulièrement envie de contenter son frère. Quand à Iridius, il en fut profondément affecté. Il pensait être devenu l’égal de ses frères depuis la création des Humains. Mais le refus de ses frères lui montrait bien qu’ils le pensaient encore comme inférieur.
La Seconde Guerre Tradirienne
Au terme des échanges, on déboucha sur un paradoxe. On reconnu l’indépendance de la puissance humaine et donc la fin de son esclavage mais on ne lui accorda qu’un droit à coexister sur les territoires des Elfes et des Nains, sans terre lui appartenant proprement.
Hécate fut l'élément qui perturba toute cette harmonie précaire lorsqu’elle découvrit qu’un être poussait dans son ventre. Il était le fruit de l’union de deux dieux.
Elle qui voulait créer la vie serait exilée si elle le réalisait, comme le stipulait les termes du concile qui l'avait jugée. A son grand désarroi, elle n’avait plus le choix, l’être tant attendu était désormais là sans sa volonté. Le monde où elle devrait s’exiler n’existait pas, et la naissance de l’enfant serait alors une condamnation à mort.

Alors Hécate fut alors pragmatique. un plan se dessinait pour se préserver elle et sa descendance. Elle se créerait elle-même le monde où elle serait bannie. Elle choisi aussi de ne pas dévoiler à Sorad ce qui résulterait de leur nuit d’intimité.

Les humains seraient le leurre qui lui permettrait de créer son propre monde. Elle les haïssait, eux qui étaient faibles et dont le père avait été l’instigateur de son jugement lors du concile. Elle invoqua un puissant sortilège et métamorphosa son propre corps en celui d’une séduisante humaine. Ainsi elle pouvait cacher sa grossesses aux trois autres dieux, y compris au divin père de l’enfant.
Son plan pouvait prendre racine au cœur du peuple qu’elle frapperait. Elle ne tarda pas à jeter son dévolu sur un homme particulièrement sensible à son charme, le futur roi des Humains autoproclamé : le jeune Priarc Blade, héritier du clan des Blade. Elle lui fit croire que leur union allait donner naissance à un fils, un héritier. Sa position consolidée auprès des Humains, elle pu en profiter pour renforcer sa perfide influence. Elle lui susurra un plan pour prendre la part de territoire qui lui revenait, qui revenait aux Humains et sur lequel même le dieu Iridius avait cédé devant son frère :
Le territoire des nains était vaste, peut être trop même. Mais surtout le cœur du pouvoir était à l’Est, dans la capitale de Thanitoria, là où résidait Gorhann et son puissant allié Iridius. Les Nains étaient encore affaiblis par la dernière guerre et trop peu nombreux pour en livrer rapidement une nouvelle sur plusieurs fronts. Les Elfes étaient nombreux et puissants, mais ils avaient prouvé que l’Urhen Péis les astreignaient au principe de non-ingérence. Aussi un plan d’attaque se profila dans l'esprit du dirigeant humain, qui le confia au Dieu Solaire.

C’est Iridius lui-même qui déclara la seconde guerre tradirienne , intimant à son propre frère qu'il prendrait les terres de son peuple par la force. Pour la première fois, un dieu prenait la tête d’une armée contre un autre dieu. Le dieu solaire et son premier roi menèrent au combat une force d’élite contre Thanitoria. Les forces du roi des Hommes marchèrent vers la capitale de manière lente et ostentatoire.
Les troupes menées par Iridius furent accueillies par Gorhann en personne chevauchant un immense dalicéros carapaçonné, tandis qu’il arborait une somptueuse armure de mythril forgée par les plus habiles artisans. Autour de lui se pressaient les plus grands guerriers Nains venus de toutes les citadelles du Nord. A cet instant, Iridius jalousa la prestance de son frère mais comprit que la stratégie soufflée par la concubine royale était proche du divin : son ennemi était tombé dans le panneau avec une déconcertante facilité. Sa cohorte n’étaient qu’un leurre, sonnant la retraite après seulment quelques heurts. Le dieu bourru interpréta la fuite des Humains et leur dieu comme un gage de sa puissance. Pourtant il était déjà trop tard pour la cité de Garhantoria, car le piège se refermait sur elle. Le frère cadet du roi et son premier général, Darsao, s'étaient infiltré dans les terres de l'Ouest et y menaient déjà la véritable bataille.
La ruse avait fonctionné.
La chute de Garhantoria
Toutes les troupes naines disponibles furent enrôlées pour protéger la principale citadelle naine, tandis qu’à l’Est, Garhantoria ne se doutait de rien, pensant le conflit bien loin de ses murailles. De plus, ses anciennes fortifications avaient davantage une fonction décorative que réellement défensive. En effet, cette cité était avant tout un haut lieu de culture où l’art militaire n’avait plus sa place. De nombreuses découvertes avaient été faites par les Nains sous l’impulsion d’un jeune et ambitieux maître de cité, connu sous le nom de Dradik. Le jeune prodige de la science des Anciens avait mis au jour de nombreuses connaissances qui devaient aider les peuples à mieux vivre ensemble. Jamais cette théorie n’eut le temps de se vérifier.

Garhantoria tomba rapidement et les Humains prirent alors son contrôle, avant de détruire jusqu'à la dernière pierre de la puissante citadelle. Un premier symbole de domination naine venait de se retrouver impitoyablement démantelé. Seuls quelques rares survivants eurent le temps de fuir pour sauvegarder des mains humaines les connaissances les plus secrètes du peuple des Anciens.
Le maître de cité n’eut d’autre choix que de couvrir sa lignée de honte pour sauver ces savoirs ancestraux. Il vit et entendit tous ses frères tomber, bien avant que les dernières pierres de la cité furent abattues par le général Darsao et son implacable horde.

Galvanisés par leur victoire, les Humains ne tardèrent pas à développer un formidable appétit de conquête et de pillage. Le clan des Blades forma une puissante cohorte pour prendre la part qui lui revenait, et même d’avantage. Le plan humain était simple : s’occuper d’abord des Nains, puis des Elfes. Puisque ces deux peuples avaient refusé de concéder une part de leur territoire pour vivre en paix, ils récolteraient une guerre et céderaient malgré eux leurs précieuses patries.
La peur de la Prison des Mille Ames rendit insouciants les enfants de Sorad, qui comptaient sur elle pour endiguer la menace humaine. Néanmoins, les Hommes échappèrent au sortilège, convaincus au plus profond d'eux-même de la justice de leur cause. Iridius voulu freiner cette appétit de conquête, mais le même sentiment était profondément ancré en lui, et il ne put tempérer les impétueux Humains.

Tout se déroulait comme Hécate l’avait prévu. Elle put alors débuter la seconde phase de son plan en profitant du chaos pour tromper la vigilance de ses frères.
L'Enfantement de Charaz le Double Divin
Sentant sa grossesse venir à son terme, elle reprit sa forme originale pour ensuite se réfugier sur la terre elfique, exempte de tous conflits depuis bien longtemps. Son corps avait beaucoup changé; ses formes s’étaient affirmées et avaient gagné quelque chose de plus animal, presque sauvage. L’enfant qu’elle portait semblait mal supporter sa captivité dans l’enceinte du ventre divin. Chaque coup était violent, et elle pouvait sentir l’être la mordre, pratiquement la dévorer de l’intérieur. Il était puissant, très puissant.

Se sachant encore faible magiquement, Hécate se dirigea alors vers une imposante cascade créée par l’Etre Suprême. Elle en avait découvert l’emplacement lors de ses études sur les Anciens. L’eau qui y coulait pourrait compenser son manque de force et permettre à l’enfant de naître dans les meilleures conditions, quoi que soit la chose qui poussait dans son ventre. Au terme d’une interminable ascension, Hécate trouva les fameuses chutes d'eau de jouvence tant recherchées.

Elle n’eut qu’à peine le temps d’y boire. L’enfant qui allait arriver le fit sans subtilités. La progéniture divine dévora puis perfora littéralement le ventre de la déesse dans une gerbe de viscères et de sang. La déesse s’écroula de douleur tandis qu’un petit être grisâtre rampait pour s’extraire de sa propre mère à l’agonie.
Le premier râle du nouveau-né fut si puissant qu’il résonna jusqu’aux champs de batailles où s’étripaient Humains et Nains. L’impulsion mystique qui traversa l'île fut terrifiante. Les Terres divines furent si secouées que l’on dut s’abstenir de guerroyer durant plusieurs semaines.

La déesse affaiblie fut effroyablement déçue. Elle avait pris tous les risques mais aujourd’hui elle ne pourrait jamais créer un peuple à son image avec un seul être, si puissant soit-il. L’enfant lui avait déchiré les entrailles ; cette naissance dans la douleur impliquait qu’elle ne pourrait plus jamais enfanter, lui ôtant sa dernière chance de créer. Elle ignorait encore que le nom de l’enfant résonnerait dans l’histoire, qu'il contournerait cette apparente impossibilitlé.
Ainsi vint au monde Charaz, le Deux Fois Divin.
La Découverte de Sorad
Parallèlement, la rupture magique fit frissonner Sorad ; celui-ci avait compris qu’un nouvel enfant divin était né, un être dont la puissance était immense et familière.
Il envoya une missive à ses propres frères. Si Hécate était au Sud, c’était à lui et à son peuple de s’en occuper. Il espérait ainsi pouvoir protéger sa sœur de la sanction qui devait s’abattre sur elle. Si le temps était venu de l’appliquer, il préférait autant qu’il fut son bourreau. Il mit en avant le pacte d’Urhen Péis pour protéger sa sœur de ses deux frères belliqueux. Elle était en territoire elfe, c’était donc devenu une mission pour les Elfes. Toutefois le dieu Ephebe ne savait pas ce qu’Hécate avait créé, ni même combien d’enfants elle avait mit au monde.

Si les abominations de la première guerre tradirienne resurgissaient, une armée aussi puissante que les elfes ne serait certainement pas de trop. La mobilisation fut totale, et la cité au pied de l’Yggdrasil fut dépeuplée de tous ses guerriers pour affronter les éventuels « enfants » d’Hécate. La puissance qui se dégageait au Sud-Est confortait Sorad dans sa décision. Ce qu’il affronterait était très puissant, presque autant qu’un dieu. Il avait emmené avec lui tous les hommes valides pour affronter un péril inconnu, sans visage, sans nom.
Il lui fallu des semaines pour atteindre et débusquer Hécate. On envoya d’abord une centaine d’elfes enrayer la menace mais aucun ne revint. Alors Sorad se hâta de régler le problème seul. Il trouva Hécate à demi mourante, le ventre béant et son sang se répandant avec légèreté dans la fontaine environnante. Elle le regarda avec intensité et désespoir tandis que des corbeaux dévoraient déjà les chairs d’une centaine d’elfes atrocement mutilés… Puis Sorad vit l’enfant couvert de sang qui souriait.

Il possédait le regard couleur de braise et le sourire de sa mère, un teint grisâtre, des arcades proéminentes comme les statues des anciens, mais surtout il possédait de grandes oreilles semblables à celles des elfes. Enfin, il possédait une chevelure argentée, si unique qu’on pouvait reconnaître la crinière de son père Sorad. Il comprit alors qui était l’enfant et pourquoi il était si puissant.
Son intention de le détruire pour préserver sa sœur fut alors anéantie.
La stratégie du Général Darsao
Quelques semaines plus tard, la guerre entre Humains et Nains avait repris de plus belle. Mais les Nains en sous nombre étaient littéralement débordés par la puissante cohorte humaine. Hors de leurs murailles, les humains se révélaient tactiquement plus mobiles, plus stratèges et infligeaient de sérieuses déconvenues au fils de Gorhann, même lorsque celui-ci dirigeait la bataille. Les Nains se préparaient à l’assaut qui s’abattrait bientôt sur Thanitoria, centre du pouvoir Nain.
L’appétit de vengeance des humains en décida autrement. Le général Darsao réussit à persuader la cohorte qu’un autre symbole nain devait tomber. Le général désirait plus que tout venger la mort des Humains tombés devant la muraille d'Alontharia, lors de la première guerre tradirienne. Ce serait l’apothéose de la vengeance des Hommes face à leurs anciens maîtres. La démoralisation de l’ennemi serait telle que la dernière des citadelles vacillerait alors sans aucune difficulté. Iridius ne fut pas de cet avis, privilégiant une frappe rapide. Mais les humains étaient désormais trop incontrôlables,même pour se plier à la volonté du Dieu Solaire. Un raid brutal pour raser la citadelle de l’arbre millénaire fut donc décidé.

Toutes les forces humaines marchèrent donc sur la cité de l’Alon. Les premiers assauts sur la forteresse furent de retentissants échecs pour les humains, privés de l'appui de leur dieu. D'autant que le lieu était conçu pour défendre l’arbre millénaire contre la puissance magique elfique. Les armes conventionnelles furent inefficaces même si la détermination humaine était intacte. Leur instinct de destruction fit monter l’escalade du conflit : le feu détruirait la cité et l'arbre millénaire qui trônait plus haut que les imposantes murailles serait un brasier vengeur.

L’Alon envoya les rares sylphes survivants pour demander de l’aide à ses frères, les Elfes. Lorsque Sorad reçut l’appel à l’aide, on crut que l’arbre millénaire était déjà condamné. L’armée elfe était loin, l’Alon était à l’agonie, et plusieurs semaines de voyage séparaient les Elfes de la cité naine.
Le jeune Charaz qui venait à peine de découvrir par lui-même le langage fut la clef du conflit qui allait avoir lieu.
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